LA LETTRE N° 37 : Septembre 2016 - Former, conformer, transformerQu'entend-on par "former" quelqu'un, nous qui nous affirmons institut de formation ? Quelle est la finalité de cet acte de formation auprès d’adultes ? A quelle "forme" nouvelle voudrions-nous donc les faire accéder ? Quel projet, quelles intentions sous-tendent notre programme de formation ? S'agit-il de conduire nos stagiaires à une intériorisation des méthodes, des normes, des pratiques et des manières de faire dominantes ? S'agit-il de leur transmettre une grande capacité d'adaptation, une bonne agilité méthodologique ? Comme si un dirigeant devait êtreconforme à l'air du temps, en quelque sorte… Ou alors souhaitons-nous susciter un renforcement de l'esprit critique et de la liberté intellectuelle des stagiaires ? Une ouverture, une extension de leur univers de références ? Un projet de transformation, plutôt… La formation, instrument de reproduction de l'existant ? Programme de transformation sociale ou de mobilisation réformatrice ? Porte d'accès au traitement de l'information ? Ou encore Quoi d'autre ? Certes, nombre de nos formations restent assez techniques et n'appellent pas, du moins à première vue,de choix moral, politique ou philosophique. Et pourtant… Le seul fait d'apprendre à réaliser un diagnostic hygiène ou de faire comprendre le mécanisme de l'EPRD, pour ne prendre que ces exemples plutôt "techniques", constitue tout de même un acte "politique", une invitation sous-jacente, dans le cas présent, à intérioriser et à se conformer aux normes et aux décrets en vigueur relatifs à l'hygiène ou à la tarification… Nous avons coutume de soutenir que les transformations profondes du secteur social et médico-social – les plus profondes sans doute que nous n'ayons jamais traversées – supposent des cadres et cadres dirigeants de haut niveau, formés à l'anticipation, et à la stratégie, dotés des instruments et des techniques pour une grande rigueur de gestion et qui soient en capacité d'écouter, d'innover et de décider… Mais ces éléments de compétences ne suffisent pas à qualifier lessystèmes de valeurs qu'ils recouvrent : quelle est donc la représentation du manager d'institution sociale qui nous habite, à l'ARAFDES, et que nous cherchons à transmettre ? Le vocabulaire utilisé pour la question anticipe déjà sur la réponse tant le terme de "manager" est chargé de sens dans notre secteur ! Oui, nous l'avons dit déjà et nous le soutenons, l'ARAFDES s'attache à former des managers ; mais nous voudrions qu'ils et qu'elles soient des managers éclairés… Là encore, les mots nous trahissent et il est bien difficile de lister les éléments de compétence, de connaissance, de culture, de discernement, d'esprit critique, de philosophie morale que recouvre cette notion de manager éclairé… Autant d'éléments d'ailleurs que nous n'aurions pas la prétention de parvenir à transmettre à nous tout seuls. Mais nous nous y essayons. Bernard LEMAIGNAN |



