Le discours sur l'éthique ?
Nombreux sont les projets associatifs qui mentionnent en bonne place le respect de la dignité des personnes, la primauté de l'individu, les valeurs d'humanisme et d'attention aux personnes comme fondement de l'action de l'association. Nous nous réclamons de tout un corpus de "valeurs", certes estimables, mais affichées parfois comme une sorte de label autoproclamé de bientraitance, de bienveillance et de qualités humaines.
La non lucrativité, qui distingue l'association de l'entreprise marchande, serait notamment une de ces "valeurs" censées témoigner de la plus-value éthique de nos associations par rapport à d’autres opérateurs économiques.
Très bien ; dont acte ! Qui pourrait être hostile à un éloge de la dignité et du respect de l'humain ?
Mais peut-être, aussi, ce discours consensuel est-il le signe d'une forme de conformisme intellectuel qui épargne à ses auteurs le travail qui consiste à donner un contenu plus précis à ce terme de « valeurs ».
Or c'est une affaire compliquée, très compliquée, et ceci pour plusieurs raisons :
D'une part parce que déterminer ce qui vaut, ce qui a de la valeur, c'est faire appel à un jugement d'ordre moral… auquel répugnent ceux-là mêmes qui invoquent ce terme de "valeurs" dans leurs projets : qu'est-ce que le bien et le mal ? Qui est fondé à le dire ? Au nom de quoi peut-on soutenir que la non-lucrativité, pour ne reprendre que cette question, conditionnerait-elle à soi tout seul une action plus ou moins bonne, plus ou moins digne ? D'autre part, parce que la "valeur" relève d'abord de postures pratiques et non de principes déclaratifs : c'est l'acte qui a de la valeur, plus que le discours sur l'acte. Le discours énonce, certes, mais c'est dans les faits, c’est dans le concret que l'on discerne, le plus souvent dans l'après-coup, ce qui vaut de ce qui s’évapore.
Enfin, parce que le bien n'est pas un état, c'est un processus. Nous savons dire ce qui est un peu moins injuste, un peu plus digne, nous savons discerner une situation un peu meilleure qu'une autre ; mais nul ne peut définir le bon, le bien, le juste "en soi".
Il y a de la complaisance à ces appels un peu incantatoires à l'éthique, qui sont parfois bien peu suivis d'effets, notamment lorsque viennent à se heurter des intérêts individuels contradictoires…
En revanche la transmission du sens de l’action, compris ici au double sens de signification et de direction, relève de la fonction du directeur. C'est autre chose. C'est une fonction éminente, indispensable, qu'il faut savoir endosser parce qu'elle détermine la pertinence de l'institution ou de l'unité que l'on a en charge et qu'elle soutient notre légitimité à occuper ces fonctions de cadre.
Bernard LEMAIGNAN,
Directeur Général
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