LE VIRAGE AMBULATOIRE INJONCTION OU OPPORTUNITÉ ?
Le « virage ambulatoire » est maintenant une orientation claire des politiques publiques d’interventions sociales ; il consiste à limiter drastiquement les séjours des personnes en institutions au profit de l’accompagnement en milieu naturel, à favoriser la fluidité des parcours et à renforcer l’aide à domicile et le soutien aux proches aidants. Largement porté par les ARS, ce mouvement devient un axe doctrinaire fort du pilotage de l’action sociale et médico-sociale.
De fait, il s’appuie sur un fort consensus apparent : les professionnels du secteur y voient un véritable portage par les administrations de la « désinstitutionalisation » que beaucoup appellent de leurs vœux ; les administrations et les élus en espèrent une meilleure qualité de l’offre territoriale et une stabilisation de la hausse des dépenses publiques d’action sociale et médico-sociale ; et puis les usagers eux-mêmes revendiquent le droit à vivre chez eux, dans le monde, dans la société et non « à l’abri » des hauts murs du foyer.
Dont acte.
Mais, dans cette affaire, les silencieux sont-ils réellement écoutés ?Entend-on vraiment la douleur des familles – le plus souvent des femmes – qui, au nom du retour au domicile, renoncent à tout ou partie de leur vie sociale, endossent seules la souffrance de leurs proches et doivent « inventer » au quotidien, sans le recours de tiers, la juste attitude, le juste soin que les professionnels eux-mêmes mettent tant de temps à acquérir ?
Peut-on comprendre le silence résigné de ces jeunes, de ces personnes qui, après avoir demandé et obtenu leur «autonomie », après cette brève ivresse de la liberté conquise, se retrouvent perdus au sein d’un monde qui les hantent, sans le secours d’une institution qui les rassure ?
Qui sommes-nous pour penser qu’un vieillard, au crépuscule de son existence, « sera mieux à la maison », lorsque la fille et le gendre, eux-mêmes trop occupés à survivre, n’auront ni la possibilité ni peut-être même le désir de rester à son chevet pour ses derniers jours, sans bien-sûr oser l’avouer ni se l’avouer ?…
Le virage ambulatoire n’est plus une option. Il est à l’œuvre.
Souhaitons que, s’il se confirme, il ne devienne pas pour autant un dogme.
Quoi qu’il en soit, il faut s’y préparer, s’y former, se construire la capacité d’organisation et d’invention qui nous permettra à tous d’actionner cette idée de parcours au plus juste et avec suffisamment de discernement.
Le sort des personnes handicapées vieillissantes, est emblématique de cette question : elles sont aujourd’hui l’objet de toutes les sollicitudes ; nous essayerons d’éclairer les enjeux de cette question lors de notre prochaine table ronde. Nous vous y attendons.
Bernard LEMAIGNAN
Directeur Général.
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