REFORME DES FORMATIONS SOCIALES : UNE OCCASION MANQUEE
Le 2 septembre dernier, Madame Brigitte Bourguignon, députée du Pas-de-Calais, remettait son rapport « Reconnaître et valoriser le travail social » (1) à Manuel Valls, premier ministre.
En décembre 2012, lors des travaux de la conférence de la pauvreté, le rapport « Dinet – Thierry » préconise une réflexion sur le travail social. Quelques mois plus tard, le Président de la république lance les États Généraux du Travail Social, qui prendront la forme « d’assises territoriales » et qui ont pour but d’examiner en large concertation un certain nombre de grandes thématiques visant à adapter le travail social aux transformations du secteur.
Cinq grandes contributions vont sortir de ce processus, l’une d’entre elles « métiers et complémentarités – architecture des diplômes de travail social » ayant pour objet la réarchitecturation des formations sociales. Ce rapport préconise notamment le principe d’un seul diplôme en travail social par niveau, le cas échéant complété par des spécialités, ceci en vue d’une plus grande transversalité des compétences d’un champ à l’autre du travail social.
Cette proposition, parmi d’autres, est à l’origine d’une forte réaction syndicale qui y voit un risque de perte de l’identité spécifique des différents métiers du travail social. Devant cette fronde, le gouvernement demande un supplément de consultation : c’est l’objet du travail de Madame Bourguignon, qui se conclut par les 23 propositions de son rapport.
Ce rapport était attendu, il ouvrait la possibilité d’une évolution du travail social. Mais il est décevant. Il suggère en effet de reconnaîtrela contribution des travailleurs sociaux – en cela il porte bien son nom – pas de réformer le processus et les contenus de leur formation.
Que s’est-il passé ?
Un point de départ trop flou, tout d’abord, puisqu’il n’a pas été procédé à un réel « devoir d’inventaire » au sein de la galaxie complexe que constitue le travail social. Ses acteurs sont tout autant admirés que conspués… trop souvent sans analyse approfondie. Un processus trop timide ensuite et le rapport « métiers et complémentarité » n’abordait nullement la question des référentiels de formation, c’est-à-dire des compétences attendues, métiers par métiers, pour répondre aux enjeux du moment. Un rapport de force défavorable, enfin : ni les employeurs ni les pouvoirs publics ne souhaitent en ce moment prendre le risque d’un nouveau front du refus.
Ce n’est pas d’aujourd’hui que les travailleurs sociaux font l’objet de critiques relatives à leurs méthodes et à leur efficacité ; nous avions une « fenêtre » pour ouvrir le chantier d’une « deuxième professionnalisation » de l’ensemble de ce secteur professionnel.
Nous sommes passés à côté de cette occasion.
Bernard LEMAIGNAN
Directeur
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(1) Consultable sur
http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2015/09/
rapport_brigitte_bourguignon.pdf
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